Une grosse mise au point (en plus de 140 signes)

Les réseaux sociaux s’enflamment sur l’un de mes dessins, jugé « grossophobe » par certaines personnes. Loin de moi l’idée de m’excuser pour ce dessin. Il n’a jamais été réalisé pour me moquer des personnes obèses, mais pour faire passer un message lié à l’environnement, au gaspillage ou à la surconsommation. Rien d’autre.

Beaucoup de personnes l’ont parfaitement compris. D’autres l’ont jugé « problématique » et « grossophobe » du fait de la présence d’un gros personnage assis sur la Terre.

Il y a plusieurs manières d’envisager une œuvre (dessin, écrits, films, etc.). Personnellement, je tente de prendre en compte son contexte, le parcours de l’auteur ainsi que le message qu’il veut faire passer… Bref : dépasser le premier degré, les clichés ou les stéréotypes.

Or, ces fameux stéréotypes ou clichés sont une base de la caricature. LA base. Nombre de dessinateurs ou humoristes en ont usé, en usent… et en useront encore.

Tignous avec « Tignous pour tous ». Dans ce livre, le dessinateur se moque de l’homophobie, des homophobes… souvent de manière féroce. Le livre est bourré de clichés et de représentations de l’homosexuel (homme ou femme) qui peuvent parfois faire grincer des dents. Pourtant, l’intention de l’auteur (et de l’éditeur) est claire. Certains hurleront pourtant à l’homophobie ou à l’usage de clichés éculés. D’autres rigoleront de bon cœur. Difficile d’accuser Tignous d’être homophobe ou un réactionnaire de droite.

En 2015, un sketch de Catherine et Liliane sur Amélie Mauresmo a fait polémique. Il n’était pas du meilleur goût (loin de là) et a déclenché un torrent de boue…  Mais peut-on décemment accuser Alex Lutz et Bruno Sanches d’être d’homophobie ou malveillants à l’égard des idées progressistes ?

Plus récemment, le livre « Les homophobes sont-ils des enculés ? » a fait débat. Là encore, certain.e.s se sont ému.e.s de l’usage du mot « enculé » dans le titre. Là encore, le contexte du livre (des dizaines de dessins et de textes d’auteurs engagés contre l’homophobie) a été balayé d’un revers de la main.

Ces personnes estiment que si une image ou un texte peut être blessant pour une minorité, il n’a pas lieu d’exister. Quel que soit son contexte. Quels que soient l’auteur et son parcours. Un stéréotype dessiné par Cabu a la même valeur que celui réalisé par Düf.

Ces personnes seraient pourtant bien inspirées de regarder les œuvres d’auteurs d’extrême droite. En matière de dessin, Düf ou l’Artiste mal pensant démontrent avec brio ce que peut être la malveillance – la vraie – à l’égard des minorités.

Quand une minorité radicale confisque la parole de tou.te.s

Là où cette attitude me paraît inquiétante, c’est que ces personnes – une minorité radicale – s’arrogent le droit de décider pour les autres de ce qui est bien ou pas. Les concerné.e.s qui ne sont pas d’accord avec eux sont taxé.e.s « d’intérioriser les oppressions » (sic) ou de ne pas être assez « déconstruit.e.s » (re-sic). En gros, les concerné.e.s qui ont aimé mon dessin sont des ignorant.e.s. qui s’ignorent.

Ces personnes doivent certainement juger que les gens n’ont pas l’intelligence de dépasser les stéréotypes. Qu’ils vont « intérioriser et perpétuer des oppressions ». Pire : cette minorité radicale use de méthodes à la limite du harcèlement. A coup d’insultes ou d’arguments péremptoires, elle attaque en meute pour exiger excuses et soumission à leurs convictions. La fin justifie les moyens, quitte à piétiner la liberté d’expression ou insulter les concerné.e.s pas d’accord avec elle. Un comble quand on prétend lutter contre l’oppression ou le harcèlement. Faites ce que je dis…

A l’inverse, je crois en l’intelligence des gens – concernés ou pas. Je pense qu’ils sont largement capables de rire des clichés lorsque ceux-ci ne sont pas utilisés de manière malveillante. Le nombre de commentaires sur ce dessin, y compris de la part de concerné.e.s, le prouve largement. Il restera toujours quelques personnes pour rebondir dessus et l’interpréter avec malveillance… mais malheureusement, ce genre de personne sera toujours là, qu’on « déconstruise » les oppressions ou pas…

Verbiage US contre débat

Je regrette l’usage d’un verbiage issu des USA pour mettre fin à toute contradiction ou remise en cause. En qualité « d’homme cis blanc oppresseur », on m’a gentiment intimé de fermer ma gueule. Insister, c’est se faire taxer de « mansplaining » ou « male tears ». C’est bien simple : y a toujours un mot anglophone brandi pour mettre fin à tout débat.

La meute a raison. C’est aux autres de se remettre en cause. Ces autres qui ne sont pas assez « de gauche » ou assez « militants » à ses yeux. Point.

Bullshit !

 

En résumé, je pense que tant qu’une œuvre n’a pas été créée avec une intention malveillante à l’égard d’un groupe (minoritaire ou pas), tant qu’elle respecte la loi, elle a toute sa place dans l’espace public. Même si ça fait grincer des dents. Même si elle peut éventuellement blesser celles et ceux qui ne pourraient (ou ne voudraient) pas jauger les éléments hors de leur contexte. Vu les temps qui courent, on a besoin de rire.

Certes, mon avis n’est pas parole d’évangile, mais je n’ai pas besoin d’insulter mes contradicteurs pour le faire valoir ou de les harceler pour obtenir des excuses.

Enfin, que certain.e.s ne veulent pas de moi comme « allié » ? A la bonne heure ! Je serai l’allié de tous les autres (sauf de la fachosphère) : celles et ceux capables de dépasser les stéréotypes pour en rire, celles et ceux qui se font confisquer leur voix par une minorité radicale. Celles et ceux jugé.e.s pas assez « déconstruit.e.s ». Celles et ceux, militant.e.s ou pas, qui refusent ces méthodes dignes du camp d’en face. Sincèrement, vu la teneur des propos tenus depuis le début de cette « affaire », je doute être perdant.

Je continuerai de dessiner les thématiques progressistes qui me sont chères, selon mes convictions d’homme de gauche.

Dont acte

note : je sais qu’une fois ce texte lu, ces mêmes radicaux vont éplucher chacune de mes phrases pour montrer combien le « cismec blanc tagada tsoin tsoin » que je suis n’a rien compris à la vie, est un allié désespérant, devrait supprimer son compte, est une « sombre merde », est « une ordure », est bon à faire « bouffer par les rats » ou « devrait crever ça aiderait tout le monde », etc. Je les laisse s’énerver entre eux. Pour ma part, le débat est clos. 

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