A propos d’un certain dessin

Puisque LE dessin du scandale circule déjà partout sur les réseaux sociaux, j’ai décidé de le republier en le modifiant très légèrement (j’ai juste ajouté une bulle à Marine Le Pen sur la dernière case). Pour celles et ceux qui ont raté un épisode, celui-ci a déclenché une mini-drame sur Twitter.Les pros de l'indignation

Ce que je voulais dire :

Pour moi, il partait d’un constat et d’un point de vue : pendant que nous vivons toutes et tous enfermés dans nos combats respectifs – tous mis à égalité car aussi nécessaires les uns que les autres -, pendant que nous faisons un procès d’intention à des gens comme Alex Lutz et Bruno Sanche (Catherine et Liliane) pour leur mauvaise blague sur Amélie Mauresmo (l’exemple qui m’a décidé à faire ce dessin), un danger grave et imminent avance et menace de tous nous emporter. A la base, le smiley devait d’ailleurs être une copie d’écran de Catherine et Liliane.

Il n’y avait rien de plus…

Malheureusement, rien n’est simple en communication. Le schéma ci-dessous, emprunté sur le site de Jean-Pierre Dubois, résume parfaitement le circuit. Schéma de la communication

Le codage était certainement bancal : si une grande majorité de gens ont compris le message, d’autres non. Je remercie d’ailleurs sylvainBD d’avoir pris le temps d’expliquer – par mail – les défauts qu’il lui trouvait. Codage perfectible, ok.

Mais le décodage peut aussi être perfectible…

J’ai donc appris que je « hiérarchisais les luttes« , « faisait passer ma lutte (ndr: le mariage pour tous, j’ignorais qu’il s’agissait de « ma » lutte) avant les autres« , « insultait les minorités« , etc.

La sauce Twitter a fait le reste ! Ce réseau est génial pour partager rapidement des infos, catastrophique pour débattre ou prendre du recul. J’ai donc assisté à un festival de tweets lapidaires en 140 signes (parfaitement adaptés aux retweets). Dans ce « concours à l’indignation », je note même que certainEs ont su admirablement profiter de cette mini-crise pour valoriser leur image ou faire leur propre buzz.

A mon grand regret, une vision du dessin que je n’avais même pas souhaité ou imaginé a pris vie.

« Tu es un allié, tu peux pas comprendre, tu fermes ta gueule !« 

Alors ? Une erreur ce dessin ?

Même « mal codé », cette illustration représente une opinion personnelle. Une opinion que moi, « homme cis blanc », a le droit d’avoir sur un militantisme de plus en plus agressif et autocentré. Les « oppresseurs » seraient-ils les seuls à devoir se remettre en question ? Doit-on immédiatement réagir et s’insulter entre gens qui aspirent tous à une société moins discriminante ? Le temps de Desproges ou de Les Nuls – qui n’ont jamais fait dans la dentelle – me semble bien loin…

La parade à ces réflexions est malheureusement immédiate : il suffit de répondre avec des termes comme « Mansplaining« , « Male tears » ou plein d’autres éléments de langage importés des USA. Des termes qui ont certainement du sens, mais qui sont surtout une façon radicale d’empêcher tout débat ou éviter toute remise en question. L’autre, « l’oppresseur », a forcément tort. Point. Dont acte.

Qui suis-je pour répondre à cela, moi la « boitamerde sexiste, raciste et homophobe » (sic) ? Pas grand chose en fait. Travaillant pour et avec les personnes en situation de handicap, j’ai plutôt l’habitude de construire et d’avancer sur des projets en concertation. Personne n’est à l’abri d’une erreur, mais je crois plus à l’entraide et au partage qu’au militantisme fermé sur lui-même et ne sachant s’exprimer qu’à coup de baffes dans la gueule ou de formules toutes faites…

Je reprendrai le commentaire de Cath sur le blog de sylvainBD qui résume ma pensée :

On a tous des *** de problèmes ! Toi tu luttes contre l’homophobie (et peut être contre ton voisin qui fait trop de bruit), Mahmoud et Delphine ils luttent contre le racisme primaire, Agnès toute seule elle veut la PMA, Kevin il veut du boulot, Hassan il veut un logement décent, Marie-Chantal elle veut que son *** de mari arrête de lui mettre des beignes, Eddy voudrait voir ses enfants plus souvent, Thierry toucher enfin les indemnités chômages auxquelles il a droit… Bref… Pendant que chacun essaye de défendre son bifteck plus important que celui du voisin, y’a UN *** DE PARTI qui avance et qui va tous nous bouffer tout cru si on ne reste pas soudés devant …. ce qui est juste un *** de smiley en dessin.

Au final, cette « affaire » à renforcé une envie : celle de dessiner en fonction des causes qui me sont chères sans demander la permission. J’ai assez de personnes de tout horizon dans mon entourage qui me connaissent réellement pour m’avertir et me recadrer quand je dérape. Je laisse les autres, celles et ceux qui veulent continuer d’exploiter cet « incident« , trouver un sens caché qu’elle veulent donner à ce texte ou m’inventer des intentions, le faire entre elles.

Je continuerai de dessiner sur des thèmes qui interpelleront, d’autres qui provoqueront. Des dessins feront mouche, d’autres pas… A force de vouloir plaire à tout le monde, à chercher la consensualité, on finit par ne plaire à personne de toute façon.

oppression-féline

Publicités