Journal d’un hypocondriaque – 5e jour de confinement : les courses

Je cumule hypersensibilité et hypocondrie. Je vous laisse imaginer mon quotidien à l’heure où un dangereux virus rode. Pendant que les gens tentent de sortir par tous les moyens, je me terre chez moi. Je n’ai aucune envie de sortir. D’ailleurs, je n’en ressens pas le besoin. J’ai de quoi m’occuper le cerveau : les recettes pour réaliser un désinfectant maison n’ont plus de secret pour moi. Les protocoles de nettoyage, je les connais par cœur.

Je vous passe les symptômes que je développe chaque jour, au point d’en avoir parfois des douleurs au thorax (sans doute le coronavirus). Les rhinites qui me suivent tout au long de l’année sont forcément un signe de coronavirus. Cette toux que j’ai eu pendant dix minutes hier est certainement celle qui annonce mon intubation prochaine… ou ma mise directe dans un sac noir, vu que – forcément – on ne pourra rien faire pour moi. De toutes façons mon mari est infirmier…

Vous ne pouvez pas imaginer le cauchemar que vivent les gens comme moi… je l’écris sur un ton léger, mais les douleurs au thorax sont pourtant bien réelles. Le stress va me bouffer avant le virus j’ai l’impression.

Hier soir, mon mari m’a dit : « demain, tu pourras aller faire les courses, ça te fera sortir un peu ! » Mais qui a dit que j’en avais besoin ? A-t-il simplement imaginé ce que ça allait coûter pour moi ? Car je ne me défile pas… je suis allé faire les courses !

Ce matin, donc, j’avais une écharpe de jogging pour protéger les autres au cas où, des gants : une main pour tenir le caddie, l’autre pour « toucher » ces surfaces pleines de virus : bouton d’ascenseur, bouton de porte, etc. Évidemment, je me suis emmêlé les pinceaux au supermarché, donc j’ai paniqué et oublié plein de trucs.

Et ce mec, visiblement malade, les yeux bouffis de fièvre et la respiration sifflante… que fout-il dans les rayons. IL ME BOUSCULE CE CON ! Ayé, je suis mort. Où mon arrêt est signé quelque part dans un Death Note. L’engueulade. Il me dit qu’il n’a pas le « corona ». Il a « juste une grippe ». J’ai laissé le vigile gérer ce monsieur.

La suite des courses se déroule normalement. Je me surprends à avoir une impressionnante capacité à éviter au maximum les gens. En caisse, on discute poliment avec la caissière, masquée et gantée. Oui mais ses gants ont touché les victuailles du client d’avant… suspect.

De retour à la maison, le cirque – oui, il faut être honnête avec soi-même – continue : je déballe tout ce que je peux, désinfecte les emballages impossibles à jeter, me lave les mains une demi-douzaine de fois entre chaque manipulation. J’AI LES MAINS SÉCHÉES TELLEMENT J’UTILISE DE SAVON ! Mais ce n’est pas grave ! Je suis limite content que le mari dorme encore pour ne pas voir ça.

Et avant de me poser sur le canapé pour me détendre avec le chat… je vous le donne en mille : DOUCHE ! Et toutes les fringues à la machine.

Je me surprends à trouver cet exercice plutôt drôle. Pas d’aller faire les courses en période de pandémie, mais d’écrire ce texte.

Allez, je vais aller me poser un peu. Il faut que le corps soit détendu pour avoir de bonnes défenses… et puis j’ai un peu mal à la tête, sans doute la mort qui frappe à ma porte…