De la tentation d’arrêter…

Voilà bientôt six ans que je dessine. Six années de dessins d’actualité publiés sur les réseaux sociaux. Six ans de passion dévorante et de nombreuses heures englouties sur mon temps libre. Six ans de rencontres, de rires et de coups de gueule.

Malheureusement, quelque chose a changé depuis quelques mois. Depuis le soir du premier tour de la présidentielle en fait. Les réseaux sociaux, qui m’ont servi à me faire connaître, sont devenus l’endroit d’échanges de plus en plus violents et manichéens. Plus les semaines passent, plus cette ambiance devient pesante, étouffante.

« L’ambiance devient pesante, étouffante »

A mes débuts, je ne recevais que les missives de l’extrême droite. Désormais, les insultes, les procès d’intention et les accusations péremptoires viennent de partout. L’épisode de Jean-Luc « ma personne est sacrée » Mélenchon en est le parfait exemple. Dernièrement, il y a eu l’épisode des gilets jaunes… où la moindre contradiction devient une déclaration de guerre.

Je ne sais pas réellement ce qui a changé. Est-ce simplement la contrepartie de l’exposition qui n’est pas la même qu’en 2013… ou est-ce simplement le visage d’une société en crise, crispée et de plus en plus radicale.

Peut-on encore rire à l’heure des réseaux sociaux ?

Force est de constater que l’ambiance des réseaux sociaux à changé. Et pas en bien.
Il n’est quasiment plus possible d’y trouver un dialogue serein. Les réseaux sociaux sont devenu une caisse de résonance de colères, d’indignations, d’émotions et d’outrance qui s’affrontent les unes face aux autres. Les rares discussions intéressantes sont rapidement plombées par un troll qui, faute d’être repéré à temps, va plomber le tout. Enfin, les « biais de confirmation » ont fini par enfermer les internautes dans des sphères de gens qui partagent les mêmes convictions, réfractaires à la contradiction… Il règne une ambiance toxique, maladive, hystérique… ou toute nuance et bienveillance ont disparu.

Il règne une ambiance toxique, maladive, hystérique… ou toute nuance et bienveillance ont disparu.

Je ne parle même pas des procès lancés à l’envie par des personnes qui ont décidé de faire ton procès, ton jugement et ton exécution sur la simple raison de leur colère ou de leur indignation du moment. Des jugements jugés sans prendre en compte le moindre contexte, la moindre intention de l’auteur. Le premier degré dans toute sa splendeur. Rire des autres, ok. Rire de soi, même quand d’ailleurs un dessin ne te concerne pas, c’est pas  plus possible. L’esprit Charlie, c’est so 2015

Lever le pied, c’est urgent !

Si les réseaux sociaux ont permis de me faire connaître, force est de constater qu’ils me minent de plus en plus. Ras le bol des polémiques, des discours tous faits (sur les médias, sur telle ou telle personne). Ras le bol des prises de bec. Et ras le bol d’y participer malgré moi à chaque dessin. Ras le bol de m’autocensurer pour éviter le prochain shitstorm.

Je continuerai à dessiner l’actualité… Parce que j’adore ça. Mais je vais aussi (tenter de) lever le pied pour avancer sur des projets personnels (dont mon projet de livre avec mon ami Philippe Arlin). Je dessinerai quand ce sera nécessaire et pas juste pour suivre l’actualité. Et je continuerai de publier mes idées sur ma page Tipeee. Je fais confiance aux autres artistes de talent pour vous faire rire en attendant.

Et à ceux qui diront « les cons ont gagné »… bah… ils auront raison. Les cons ont gagné ! Mais il faut savoir protéger sa santé d’eux…

(…)Aussi, par le fait seul qu’il fait partie d’une foule organisée, l’homme descend de plusieurs degrés sur l’échelle de la civilisation. Isolé, c’était peut-être un individu cultivé, en foule c’est un barbare, c’est-à-dire un instinctif. Il a la spontanéité, la violence, la férocité, et aussi les enthousiasmes et les héroïsmes des êtres primitifs. Il tend à s’en rapprocher encore par la facilité avec laquelle il se laisse impressionner par des mots, des images — qui sur chacun des individus isolés composant la foule seraient tout à fait sans action — et conduire à des actes contraires à ses intérêts les plus évidents et à ses habitudes les plus connues. L’individu en foule est un grain de sable au milieu d’autres grains de sable que le vent soulève à son gré.. – Gustave LeBon


3 réponses sur “De la tentation d’arrêter…”

  1. Merci à vous pour cela. On a pas du tout le même métier mais je me retrouve tellement dans les  » procès lancés à l’envie par des personnes qui ont décidé de faire ton procès, ton jugement et ton exécution sur la simple raison de leur colère ou de leur indignation du moment. « 

    J'aime

  2. Merci pour vos dessins
    J’attends vos nouveaux projets avec impatience

    J'aime

  3. merci beaucoup pour toutes vos belles illustrations, elles vont me manquer, chacune d entre elles m’a fait rire ou sourire, j’adore la pertinence de votre esprit et de vos dessins. vous êtes réac juste ce qu’il faut. je rejoins absolument votre point de vue sur la dérive des réseaux sociaux,pour ma part je les ai toujours nommés réseaux asociaux, car je les vois plus comme le comble du voyeurisme et du fake que comme un lieu d échange et de débats de points de vue divers … je vous souhaite pleins de beaux livres et une super continuation car vous le méritez carrément ! bravo l’artiste !

    J'aime

Les commentaires sont fermés.